dimanche 7 décembre 2014

"Mines de cristal" d’Oxmo Puccino



Ces textes d’Oxmo Puccino, rappeur de son état, se lisent comme un recueil de poésie. Tel est le pari de cette publication.
Les mots se déroulent dans notre esprit, sans que nous les intellectualisions tous vraiment ; ils nous atteignent et nous touchent. 
Le plaisir des rimes et des sons se propage plus dans certaines pièces que d’autres mais il est certain que le rythme et les sonorités sont à l’honneur dans ces écrits. 

Oxmo Puccino ne lâche rien. Une certaine mélancolie envahit parfois le texte, mais ce qui se dégage principalement de ce recueil est la détermination de l’auteur à s’en sortir, à croire, à triompher de l’adversaire (la médiocrité ?) : 

« Je vais vous livrer ce petit secret, la vie devient ce que l’on en fait » (1) 

« Les yeux dans les cieux 
Les yeux dans les cieux je guette l’éclaircie ne cesse d’y croire car 
On me remercie j’ai gravé dans la pierre c’est ici l’enfer mais si 
T’avances avec le coeur sûr qu’on peut rien te faire » (2) 

Du rap à la poésie, un pari réussi. 


(1) « Mines de cristal », « Conte de fées », 2006, p. 23 
(2) « Mines de cristal », « Les yeux dans les cieux », 2007, p. 44


Editeur : Au Diable Vauvert
Date de parution : mars 2009
EAN :  9782846261982
Prix TTC : 5 euros

vendredi 28 novembre 2014

"Le Maître des illusions" de Donna Tartt



A la parution du Chardonneret en janvier dernier, j’ai eu envie de me pencher sur le premier roman de son auteure, Donna Tartt : Le maître des illusions. Le monde qui s'offre à nous ressemble d'abord aux tableaux peints par John Irving dans ses romans. C’est l’Amérique ! Les campus américains, les fêtes, les longues voitures, les grandes étendues, les pubs, la ville, le fantasme de la Californie, la campagne profonde. 
Mais le groupe d'étudiants que nous rencontrons est hors du temps. Ils suivent les cours d'un seul professeur, Julian. Lui n'accepte d'enseigner qu'à ces 6 étudiants et uniquement des Humanités. De traductions de grec à des dissertations de philosophie antique, ils font leur cursus et se forgent une identité forte, à part. 
On les observe d'abord de loin puis on apprend à les connaître en suivant les pas de ce jeune homme qui finit par intégrer le groupe. Il devient leur ami mais semble toujours garder une certaine méfiance à leur égard. Jusqu'au jour où il partagera un lourd secret avec eux... 
Dona Tartt mène subtilement son récit, avance petit à petit les pions, distille le mystère pages après pages. D'où vient ce sentiment d'étrangeté ? Qui manipule qui et que s'est-il vraiment passé ? Il ne s'agit ni d'une enquête policière ni d'un roman fantastique et pourtant nous sommes happés par ce mystère qui plane. C'est fin, dépaysant et inquiétant à la fois. Les personnages me trottent encore dans la tête...


Editeur : Pocket
Date de parution : septembre 2012
EAN :  9782266188739
Prix TTC : 8,40 euros
Acheter en numérique : Acheter

vendredi 17 octobre 2014

"L'emprise" de Marc Dugain



De « Borgen » à « House of cards », la télévision s’est emparée de la politique qui regorge de cynisme et d’opportunisme. Marc Dugain l’incarne ici dans un roman. Tous les personnages que nous suivons au fil des chapitres appartiennent au milieu politique et à l'univers du renseignement français. Des élus en place aux aspirants, de l’enquêtrice de terrain au patron du renseignement indéboulonnable quelle que soit la tendance politique au pouvoir, ils jouent tous un rôle dans ce jeu de l’oie finalement très codé et organisé. Le lecteur découvre un personnage, entr’aperçoit des éléments de sa vie privée, mais très vite il passe à un autre sans comprendre d’abord le lien entre eux mais en nouant petit à petit les fils de cette tragédie grecque sans cesse renouvelée et cependant sans fin - voire sans issue. Car la surprise ne vient finalement plus du caractère des personnages en présence - le cynisme est la loi - mais de quelle révélation va apparaître en pleine lumière, avant quelle autre et surtout pourquoi elle est révélée à ce moment-là et pas à un autre. Nous sommes à la fois dans le règne de l’immédiateté, elle fait loi aujourd’hui, et du calcul des jeux de pouvoir. L’écriture incarne bien cet univers en faisant le choix de ne pas colorer la fiction de tensions amoureuses ou violentes - c’est selon - comme on le voit souvent dans les séries télévisées. Le texte est écrit au présent. Le ton est plutôt froid. Chaque personnage joue son rôle. A quelle distance du réel ?



Editeur : Gallimard
Date de parution : avril 2014
EAN :  9782070141906
Prix TTC : 19,50 euros

dimanche 5 octobre 2014

"Le liseur de 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent



Cette fable moderne nous compte l'histoire d'un ouvrier qui travaille dans une usine où une Machine, digne de celle qui anime Victor Hugo dans Les Misérables, avale des quantités astronomiques de matière - dont on saura bientôt que c'est du papier - et qui lit, tous les matins, des feuilles sauvées in extremis des dents acérées de ce monstre vorace. Il se trouve que ce papier, ce sont des livres, et que les pages qu'il lit - à haute voix - dans le RER de 6h27 sont des extraits de romans, de manuels de jardinage ou encore d'essais politiques. Alors oui, il lit à haute voix dans le RER (on en rêverait) et oui, le gardien de son usine, toujours vissé à son siège dans la guérite d'accueil, ne parle qu'en alexandrins. Mais cette fable a de fait quelque chose de savoureux, baignant d'idéalisme amoureux de littérature. Morale de l'histoire: la lecture partagée crée du lien et enchante le quotidien. A bon entendeur! 
Pour ceux qui ont aimé Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda ou La liste de mes envies de Grégoire Delacourt.


Editeur : Au Diable Vauvert
Date de parution : mai 2014
EAN :  9782846268011
Prix TTC : 16 euros
Acheter en numérique : Acheter

lundi 25 août 2014

"La Vérité sur l'Affaire Harry Québert" de Joël Dicker



Ce prix Goncourt des lycéens 2012 est un véritable « page turner » : une fois entamé, il est très difficile de s’arrêter de le lire - ô grand mal cela nous fait ! Il plaira à ceux qui aiment les romans policiers mais également à ceux qui trouvent que les polars se ressemblent un peu trop entre eux. L’affaire met en scène un auteur à succès, Harry Québert, ayant pris sous son aile un jeune auteur, Marcus Goldman, devenu lui aussi très célèbre grâce à un premier roman et qui reprend contact avec son ancien maître face à l’angoisse de la page blanche et à la menace - juridique - de son éditeur : il doit écrire son second roman comme prévu dans le contrat. Peu après son séjour dans la maison de Goose cove, où Harry habite depuis ses 34 ans, un cadavre est déterré dans le jardin et son propriétaire est accusé du meurtre : le manuscrit de son roman Les Origines du mal a en effet été retrouvé dans le sac à main de la jeune Nola, disparue depuis plus de 30 ans. Marcus accourt à nouveau à Aurora et se met en quête de la vérité pour innocenter Harry. Il décide bientôt - sur les conseils de son agent et de son éditeur - que son second roman portera sur l’affaire Harry Québert. Ce qu’il y a de beau dans ce texte est à la fois la capacité de Joël Dicker à faire rebondir l’intrigue tout au long du roman - arrivé au mitan du volume, le lecteur est persuadé d’avoir tout compris et se demande comment l’auteur va pouvoir remplir les 200 prochaines pages - mais également le regard qu’il porte sur son livre en train de naître - le roman fait le récit de sa naissance au coeur même de ses pages, en égrenant à chaque début de chapitre les conseils d’écriture qu’Harry a pu prodiguer à Marcus alors apprenti écrivain. Joël Dicker joue le jeu jusqu’au bout en rédigeant les remerciements de Marcus Goldman à la fin de son deuxième ouvrage relatant la vérité sur l’affaire Harry Québert, tel Diderot introduisant Les Religieuses par une note censée être véridique sur les soeurs qui auraient écrit les lettres. En somme, ce livre est un plaisir dont vous auriez tord de vous priver.


Editeur : De Fallois
Date de parution : septembre 2012
EAN :  9782877068161
Prix TTC : 22 euros

Existe en poche (éditions De Fallois, 9,20 euros)

lundi 18 août 2014

"L'homme qui voulait être heureux" de Laurent Gounelle



C’est un livre pansement. Sa lecture nous pousse à nous interroger sur ce que nous aimons et sur ce que nous faisons de nos vies. Ce n’est pas à proprement parler un roman mais plutôt un récit dans la mouvance des livres de développement personnel. L’on se dit parfois, au fil de la lecture, que c’est peut-être un peu simpliste mais au fond les questions posées sont bonnes et méritent d’être nommées et méditées. Le touriste que nous suivons, bon Européen, en voyage à l’autre bout du monde dans des lieux paradisiaques, se met en tête de rencontrer un vieux sage habitant sur les hauteurs. Celui-ci accepte de le recevoir, lui pose des questions, le pousse à agir, petit pas par petit pas : il avait tendance à se dire qu’il pourrait très bien faire quelque chose mais il ne passait que très rarement à l’acte ; le sage le pousse à vraiment faire les choses. Etape après étape, il passe les barrières qu’il s’était lui-même posées. Surgit finalement un projet qu’il aimerait réaliser et l’on se plaît à penser qu’il le fera dès son retour. En somme, pour en en revenir à ce que nous devons tirer de cette lecture, c’est à nous d’agir, c’est à nous de prendre notre histoire en main pour profiter pleinement de l’existence : souvenons-nous que nous avons toujours le choix.


Editeur : Pocket
Date de parution : avril 2010
EAN :  9782266186674
Prix TTC : 6,20 euros

jeudi 17 juillet 2014

"Feu pour feu" de Carole Zalberg



Les mots de Carole Zalberg sont puissants et sobres, émouvants et précis.

Un père s’adresse à sa fille dans une longue lettre. Il tente de comprendre ce qui est arrivé. Il essaye de remonter aux racines du drame et nous transporte en Afrique, au coeur d’un génocide. Il gît parmi les morts, se cache. Il recueille doucement son enfant, encore bébé, dans les bras de sa femme, et part sur les routes, sa fille accrochée dans son dos, fourrant sa petite tête sous l’aisselle de son père. Ils traversent alors des contrées, des pays, des mers. Ils se font enfermer. Un feu se déclare. Ils s’échappent. Le but de leur voyage étant atteint, le père pense qu’ils sont enfin à l’abri. Pourtant, et ces lignes en témoignent, le fragile équilibre va être rompu.

Carole Zalberg soigne les mots qu’elle utilise, à la manière d’un père qui prendrait soin de sa fille. La tendresse transperce les pages et l’on entend presque la douceur de la voix de cet homme, pourtant plein d’interrogations quand il entreprend d’écrire cette lettre. C’est une belle écriture qui donne envie de lire à voix haute. 

Une dissonance revient pourtant régulièrement : c’est le lieu qui clôt leur voyage qui se dévoile petit à petit dans des sortes de parenthèses, dans des interruptions entre crochets, en langage parlé des cités, écrit en italique et sans ponctuation. C’est un autre flot de paroles qui s’écoule. C’est une autre personne qui s’interroge.

Petit par sa taille, ce texte est d’une belle puissance d’évocation. Je vous le recommande chaudement.


Editeur : Actes Sud
Date de parution : janvier 2014
EAN :  9782330027308
Prix TTC : 11,50 euros